Un groupe de burundais s’est évaporé dans la nature pendant les rencontres de folklore de Fribourg

Un groupe africain s’est évaporé dans la nature pendant les Rencontres de folklore de Fribourg

Le public a notamment pu voir leur bonne humeur lors du défilé inaugural des Rencontres de folklore internationales (RFI) de Fribourg. Il a ensuite assisté à leurs différentes prestations tout au long de la semaine, jusqu’au bouquet final du week-end.

Les spectateurs les plus assidus auront sans doute remarqué qu’au fil des spectacles, le groupe du Burundi se réduisait comme peau de chagrin. Et pour cause: ses membres ont progressivement disparu, pour finalement tous s’envoler dans la nature, a appris La Liberté.

«A la base, le groupe du Burundi aurait dû se composer de 28 membres. Or ils ne sont pas arrivés d’un seul bloc. A titre personnel, je n’en ai vu que quatorze. Mais vendredi, lors du spectacle de gala à l’Equilibre, il n’y avait plus que trois Burundais. Les autres s’étaient volatilisés. Ceux qui restaient sont quand même montés sur scène pour assurer leur prestation. Ils ont fait de même samedi soir à la place Georges-Python, puis dimanche lors de la clôture à Saint-Léonard. Et ensuite, ils ont disparu à leur tour. Tout le groupe s’est évaporé», confirme Jean-Pierre Gauch, un président des RFI un brin dépité par la tournure des événements.

Police alertée

Les responsables du festival ont alerté la police sitôt celui-ci achevé. «En procédant de cette manière, les RFI montrent qu’ils ne veulent pas être considérés comme une porte d’entrée en Europe», souligne Jean-Pierre Gauch.

Néanmoins, les forces de l’ordre sont bien impuissantes dans un tel cas de figure. «Nous sommes au courant de la situation. Mais comme ces personnes ne sont pas domiciliées dans le canton de Fribourg et qu’elles disposent d’un visa, elles sont considérées comme étant en séjour touristique, et non pas comme portées disparues», souligne Isabelle Taylor, attachée de presse auprès de la Police cantonale de Fribourg.

Visa de courte durée

De fait, les membres de ce groupe folklorique du Burundi ont reçu un visa de courte durée leur permettant de voyager dans l’espace Schengen. «La Suisse n’a pas de représentation dans ce pays d’Afrique. Le visa a été délivré par la Belgique, après que nous leur avons fourni une invitation pour notre manifestation», fait remarquer Jean-Pierre Gauch. Les précieux sésames, du reste, sont de plus en plus difficiles à obtenir pour les ensembles artistiques du continent africain. Les représentants du Togo, qui devaient participer aux RFI cette année, n’ont ainsi pas pu recevoir leur bon d’entrée.

C’est qu’on a peur que ces visiteurs d’une semaine ne s’incrustent. Comme l’a expliqué le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) mardi passé à La Liberté: «Il se peut que des événements sportifs ou culturels soient un prétexte pour tenter d’obtenir un visa afin d’émigrer définitivement en Europe. Lorsqu’une représentation suisse à l’étranger a des doutes, elle refuse le visa. Parfois, ce dernier est délivré malgré les doutes, car les sponsors et organisateurs en Suisse semblent donner toute garantie de sérieux et sont pratiquement toujours de bonne foi», selon Emmanuelle Jaquet von Sury, porte-parole du SEM.

Un pays en crise

Il faut dire que le contexte géopolitique et économique de nombreux pays africains pousse leurs ressortissants à partir. Le Burundi est ainsi plongé dans une grave crise depuis 2015 et la candidature controversée de son président, Pierre Nkurunziza, à un troisième mandat. D’après les estimations de la Cour pénale internationale, qui a ouvert une enquête, les violences qui ont accompagné cette crise ont fait au moins 1200 morts et plus de 400 000 réfugiés entre avril 2015 et mai 2017. La situation économique est par ailleurs catastrophique, avec un chômage qui frappe 65% des jeunes de 18 à 35 ans.

«Les membres du groupe burundais présent aux RFI ont déclaré qu’ils étaient en danger de mort chez eux», relève Jean-Pierre Gauch. Sans doute est-ce pour cela qu’ils ont pris la poudre d’escampette. «Il y a 20 ans, des artistes marocains avaient également disparu», rappelle-t-il. Et d’espérer ne pas revivre pareille situation: «Nous regrettons que le festival se soit terminé ainsi, c’est triste.»

François Mauron, https://www.laliberte.ch

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