Le prochain round des pourparlers inter-burundais se prépare dans une discrétion

Selon des sources diplomatiques, des consultations discrètes entre les équipes techniques des Nations-Unies, de l’Union Africaine et de la médiation sont en cours et devraient se clôturer, avant la fin de la semaine qui vient de s’écouler, à Kampala en Ouganda. L’objectif de ces consultations est de relancer le dialogue inter-burundais aujourd’hui dans l’impasse et cela depuis décembre 2017. Le facilitateur Benjamin William MKAPA, critiqué par l’opposition et la société civile en exil pour son échec, a été reconduit tacitement par la communauté internationale sur argument et l’aval de l’EAC. Selon notre source, l’EAC et l’UA sont sous pression des Nations-Unies et de l’Union Européenne.

Même si ce n’est pas encore officiel, l’UE a fait recours aux leviers monétaires et financiers pour ajuster une pression plus grande sur le Burundi et l’ensemble des acteurs au niveau de la Région et de l’Afrique. Parmi ces leviers se trouvent le retrait des troupes burundaises en mission de maintien de la paix et la suspension des financements des projets et activités communs au niveau des pays de l’EAC. A titre illustratif, notre source donne l’exemple de la paralysie des activités de l’EALA (East African Legislative Assambly).

Les Nations-Unies seraient aussi à l’œuvre pour persuader et convaincre la Tanzanie qui pilote la facilitation dans le conflit burundais à œuvrer pour une solution à la crise burundaise et à rester impartial. L’ONU et l’UA voulaient récupérer la médiatisation mais la Tanzanie refuse de lâcher l’affaire et chercherait une voix de sortie qui puisse aboutir à une feuille de route pour les élections de 2020.

Selon toujours notre source, les protagonistes dans le conflit burundais ont été tous approchés par les équipes techniques qui sont entrain de préparer le 5ème round qui, théoriquement, doit avoir lieu au mois d’Août 2018. Des intermédiaires ont été envoyés pour contacter les représentants du régime NKURUNZIZA et les autorités de la plateforme de l’opposition CNARED. Les contacts se sont passés dans une discrétion totale, révèle une source proche de la médiation.

Contacté à ce propos, les responsables du CNARED, la plateforme regroupant les partis de l’opposition et les acteurs politiques en exil, semblent être gênés dans la communication sur ce sujet. Dr Jean MINANI, président en exercice du CNARED s’est refusé à tout commentaire. Selon une source proche de la médiation, les informations en rapport avec l’organisation du prochain round sont classées top secret. Une discrétion qui, selon le politologue Yves Stéphane, pourrait faire aboutir lesdites consultations à des négociations pouvant revenir sur les accords d’Arusha. Yves Stéphane regrette néanmoins l’absence de leadership au niveau de l’EAC.

« L’East African Community qui a mené les négociations jusqu’aujourd’hui n’est abouti à rien juste parce que il n’y a pas de leadership au niveau sous régional à ce jour. Alors, ici deux solutions s’imposent pour faire avancer les négociations : soit il faut passer le relais à une organisation supranationale comme l’Union Africaine. Si cette dernière n’a pas tous les leviers nécessaires pour avoir un dialogue qui puisse aboutir à un accord, il faudra remonter au niveau de l’ONU. Pour ce qui est des négociations organisées dans la plus grande discrétion, pour moi c’est une bonne chose parce que, contrairement à ce qui s’est passé pour les précédents rounds, ça pourrait aboutir à des négociations qui pourront permettre aux deux parties de se mettre autour de la table et ainsi arriver à faire respecter la première partie du protocole qui est le respect des accords d’Arusha. »  Fait savoir cet expert en résolution des conflits.

Pour les politiques burundais en exil, le constat est amer

Onésime NDUWIMANA, ancien porte-parole du parti présidentiel, le Cndd-Fdd. Pour lui, il ne suffit pas seulement de jouer sur les sentiments et de gaspiller de l’argent et croire que tout est fini. « Le fait de vouloir tenter une médiation de plus prouve qu’ils sont conscients que le problème est le leur. Il est évident qu’ils ne sont intéressés que par l’argent que ces négociations leur procure. Mais cette fois-ci, nous n’allons plus perdre notre temps. Il faudra aller tout droit au but et non se fier aux éternels mensonges du gouvernement NKURUNZIZA. »

La société civile en exil, elle, souhaite que la médiation soit transférée ailleurs

Se basant sur le comportement de la médiation depuis le début de la crise, Pacifique NININAHAZWE, un des leaders de la société civile burundaise en exil, fait remarquer que les pays de l’EAC se bloquent sur la question burundaise à cause des intérêts, ce qui l’empêche de trouver une solution à la crise. « L’Union Africaine et beaucoup d’autres acteurs ont dit qu’ils vont continuer à soutenir la médiation de l’East African Community dans le conflit burundais. Là je dois rappeler que dès le départ, nous avons soulevé les lacunes de cette médiation parce que, d’un côté, nous avons eu l’impression que cette médiation était en quelque sorte trop dépendante des positions du pouvoir de Bujumbura vu que c’est ce dernier qui a toujours décidé de qui participe ou pas dans les négociations. Ce qu’on constate, c’est qu’il n’y a aucun acte concret pour contraindre Bujumbura à participer dans une négociation, comme cela fut le cas dans la première phase des négociations inter-burundaise qui ont abouti à l’Accord d’Arusha en 2000. Là, la sous-région avait dû s’imposer jusqu’à imposer un embargo pour que le pouvoir de l’époque comprenne qu’il doit négocier avec l’opposition. Aujourd’hui, il semble que l’East African Community reste divisé entre autres sur les intérêts qui vont au-delà du Burundi et qui font que certains se bloquent sur la question burundaise et empêchent une solution durable à la crise burundaise. C’est pour cela que nous aurions souhaité que la médiation soit transférée au niveau même de l’union Africaine ou qu’il soit conféré à un groupe d’acteurs et non pas seulement à l’East African Community. »

http://rpa.bi

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